Erwan Peron, le designer intemporel

Erwan Peron, le designer intemporel

Le designer et architecte d'intérieur Erwan Péron, 45 ans, n'en finit plus de séduire. Choisi par la marque Roche-Bobois pour dessiner des meubles, mis en avant par le MoMa Design store, à New York, pour ses objets, ce Dinannais amoureux de la nature et du surf poursuit une ambition : traverser le temps.

À quoi ça tient une vie professionnelle accomplie ? Au concours, passé en cachette de ses parents, pour entrer à l'école de design de Nantes ? Au référencement de deux de ses créations dans le magasin numérique du prestigieux MoMa (Museum of Modern art) de New York ? Ou à l'idée de faire graver le nom des maires de Dinan sur les chaises de la salle d'honneur de la mairie ? Pour Erwan Péron, sans doute un peu à tout cela. Mais aussi et surtout à sa passion pour les arts appliqués. « Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours dessiné des choses sorties de mon imagination. C'est vital pour moi ».

Ses premiers croquis, ce fils d'un ingénieur des Mines les réalise à Libreville, la capitale du Gabon. « Mon père y avait une entreprise de travaux publics. Nous sommes partis alors que j'avais deux mois et je ne suis rentré qu'à l'âge de 17 ans, pour passer le bac ». De ses années africaines, Erwan Péron a ramené une passion pour le surf mais aussi le souvenir d'heures passées à jouer le long de l'océan et dans la forêt. « Je crois que si la nature est aussi présente dans ce que je fais aujourd'hui, c'est grâce à ce que j'ai vécu là-bas ».

120.000 exemplaires de Kipik écoulés

Parmi ses créations en rapport avec la nature, il y a Kipik, un porte-pics pour l'apéritif, créé en 2013. Le petit hérisson aux yeux en forme de coeur, vendu à plus de 120.000 exemplaires, est devenu « l'emblème » du designer dinannais. Classé dans la catégorie « best sellers » du site internet du Moma Design store, l'objet fait partie des meilleures ventes du magasin du musée new-yorkais. « C'est un animal qui est souvent tué par les bagnoles. Moi, je le fais revivre grâce aux automobiles mortes, puisque l'objet est réalisé en plastique recyclé incassable provenant de pare-chocs de voitures », s'amuse son inventeur, repéré par l'équipe du musée lors d'un salon professionnel à Paris.

Mais avant, bien avant Kipik, il y a eu ce concours pour entrer dans l'école de design de Nantes, alors qu'il étudiait, à Caen, les maths et la physique-chimie. « Mon père voulait que j'ai des bases scientifiques. Et il trouvait que le design n'était pas vraiment un métier ». Le fils va rapidement le convaincre du contraire. Avant même d'être diplômé, Erwan Péron est embauché, à 22 ans, par le fabricant de meubles Ernest Ménard, à Bourseul (22).

Pendant dix ans, le jeune homme fait « ses gammes », en dessinant des collections de meubles. « De très bonnes années », où il apprend la méthodologie et la rigueur, notamment à travers la mise en place et la scénographie des collections.

Ce qui va précipiter son départ de l'entreprise, c'est un concours de la mairie de Dinan. En proposant de faire graver le nom de 88 anciens maires et leurs années d'élections sur les 88 chaises de la pièce, Erwan Péron séduit le comité de sélection et se retrouve missionné pour réinventer l'intégralité de la salle d'honneur de l'hôtel de ville. Nous sommes alors en 2006. C'est le moment qu'il choisit pour prendre son envol, en s'attachant très vite les services d'un autre designer, Benjamin Peigné. « Il fallait que je me lance. Je ne voulais plus faire uniquement du design d'intérieur ».

Jamais sans son carnet à dessin

Devenu maître d'oeuvre et architecte d'intérieur pour des assureurs, des podologues, des centres funéraires ou des particuliers, ce père de trois enfants continue de griffonner tous les jours dans ses petits carnets à dessin. Des idées de décoration intérieure, bien sûr, mais aussi des textes et des croquis d'objets.

Il y a cinq ans, Erwan Péron crée donc Lib, sa société d'édition d'objets fabriqués en France. Le mélangeur à cocktail éponyme, à la fois oiseau et libellule, est le premier produit édité par la marque, après deux années complètes de développement. Une dizaine d'autres ont suivi, parmi lesquels Kipik, mais également, le dessous-de-plat Hot - lui aussi référencé au Moma Store - qui s'accroche n'importe où, à la façon d'un collier. Pour autant, 60 % de son activité reste toujours consacrée à l'architecture d'intérieur. D'autant que depuis deux ans, le binôme travaille pour des marques comme Porcelanosa ou Roche-Bobois.

Du cognac à la cryothérapie

Récemment sélectionné à Rome pour représenter le design français, invité à la conférence de Marrakech sur le climat pour parler éco-conception, le quadragénaire vit le succès sereinement, presque surpris que les choses surviennent aussi progressivement mais ravi : « Je suis super content. Travailler pour Roche-Bobois, c'est un rêve ».

Désormais beaucoup plus à l'aise dans son travail de création, le designer touche-à-tout poursuit sa quête - « dessiner des choses intemporelles et universelles » - en même temps qu'il ne cesse d'élargir son rayon d'action. Comme lorsqu'il réalise le design d'une cabine de cryothérapie pour une entreprise de Châteaubourg (35) ou le packaging d'une gamme de cognac pour la maison Jouffe de Dinan. En attendant d'autres inventions. La prochaine s'appelle Excalibur : une planche à découper, avec couteau intégré.

article du Télégramme par Julien Vaillant , le 27 février 2017

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